LYAUTEY AU MAROC 3

 


Création le 1 mars 2023

Modification le 20 mars 2023

Le Journal des Voyages de 1912 a publié un article  sur le Général Lyautey, article d’autant plus intéressant qu’il précédait de deux ans la première guerre mondiale.

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En 1891, brillant officier de chasseurs, le commandant Lyautey avait publié dans la Revue des Deux Mondes un article, qui avait fait quelque bruit, sur le rôle social de l’officier, et en 1894, il avait orienté vers les colonies son activité et son avenir. Il avait débuté par l’Indo-Chine, et s’était lié avec le général Galliéni, qui l’avait employé à la pacification  des confins militaires de la Chine.  Il l’avait ensuite emmené à Madagascar pour y rétablir la tranquillité dans les provinces du sud. Un deuxième article, dans la Revue des Deux Mondes, a été une révélation pour le grand public.

Le principe de sa méthode : « Une expédition coloniale doit toujours être dirigée par le chef désigné pour être le premier administrateur du pays, après la conquête ». Quand il était en Algérie, il avait pris la devise « Ense et aratro » (par l’épée et par la charrue). À Madagascar, son nom reste attaché à la pacification du sud qu’il a racontée dans un livre couronné par l’Académie française. Enfin, au Maroc, en peu de temps, il a rétabli la tranquillité. En même temps qu’il organisait des contrerezzous, il a créé des marchés et noué des relations avec les tribus pacifiées et soumises.

Devenu général, il commande la division d’Oran, et pacifie le massif des Beni-Snassem. Mais le Maroc le rappelle : quelques tabors ont été mal encadrés, mais surtout une vague d’assassinats par des habitants de Fez fanatisés. Lyautey a la main de fer pour frapper, mais aussi pour organiser et pacifier.

Un des résultats sera la glorieuse participation de la division marocaine à la première guerre mondiale deux ans plus tard …

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En août 1934, le journal L’ILLUSTRATION a consacré à Lyautey un numéro spécial. En voici la recension :

C’est à Nancy, en 1854, qu’est né Hubert Lyautey. À  dix huit mois, sa nourrice le laisse choir d’un balcon. Il doit marcher sur des béquilles, et porter un corset d’acier jusqu’à douze ans. Mais une réaction naturelle lui fait accorder une place prépondérante à tous les exercices physiques.

La défaite de 1871 affecte vivement son patriotisme. À dix neuf ans, il est reçu à Saint-Cyr ; il est avide de se dévouer à de grandes causes ; il est affecté à un régiment de hussards dans le sud algérien, et revient en France en 1882. Le hasard de relations lui fait écrire, dans la Revue des Deux Mondes, une cinquantaine de pages : « Du rôle social de l’officier dans le service militaire universel ». Le service militaire doit comporter une obligation morale : l’officier doit d’abord être un éducateur : ce sera un gage de paix sociale et de réconciliation entre les partis. Cette position provoque des remous.

En 1894, il est envoyé au Tonkin, où il rencontre le colonel Gallieni, qui l’en fait son chef d’Etat major. Gallieni est un admirable organisateur, animateur et créateur de vie. Puis Gallieni est envoyé à Madagascar en 1897, et réclame Lyautey comme collaborateur indispensable.

 


 Lyautey reçoit une tâche énorme : prendre le commandement de tout le sud de Madagascar. Lyautey y crée des « zones de force et de rayonnement » : les tribus sont regroupées sous leurs chefs naturels, des routes sont ouvertes, un réseau télégraphique établi. En congé à Paris, Lyautey publie un nouvel article sur « Le Rôle colonial de l’armée », en vantant les idées et les méthodes de Gallieni. Il revient en France, où il pense que sa carrière militaire est terminée … Pas du tout : il est nommé au commandement militaire d’Aïn Sefra, une oasis située dans les monts des Ksour, et devient général.

Mais les affaires du Maroc se compliquent de plus en plus. Lyautey y est envoyé : il pacifie à grande vitesse et revient en France. Or les craintes de guerre avec l’Allemagne persistent. Le sultan Moulay Hafid accepte le protectorat français. Mais des révoltes éclatent. Moulay Hafid abdique, et est remplacé par son frère Moulay Youssef, dont Lyautey devient un ami. Lyautey est accueilli triomphalement à Marrakech, où il y accompagne Moulay Youssef, dont le voyage est entouré d’un faste grandiose, qui impressionne fortement les populations.

Dans toute l’année 1913, Lyautey se fait le protecteur de la paix au Maroc. Dès le début de la guerre, il reçoit l’instruction catastrophique d’évacuer tout l’intérieur du Maroc, et diriger sur la métropole la quasi totalité des troupes disponibles. Il réunit en conseil de guerre ses collaborateurs : il gardera le Maroc tout entier, mais enverra en France les troupes qu’on lui demande, même si les agents de l’Allemagne fomentent des rebellions. Il accomplit un programme économique important.

En 1916, le président français Briand lui propose le portefeuille de la Guerre. Lyautey finit par accepter. Mais tous les contrôles lui échappent. Ces trois mois de cauchemar ne sont qu’un intermède : Lyautey repart au Maroc, où il y restera huit ans. Les gigantesques travaux du port de Casablanca préludent à la découverte des gisements de phosphates les plus riches du monde. Les quartiers européens deviennent d’immenses cités modernes. En 1921, Lyautey devient maréchal. En 1923, il est atteint d’une crise de foie. Des prières sont dites dans toutes les mosquées pour sa guérison.

Le « sultan du Rif » Abd-el-Krim commande à des troupes de guerriers fanatiques, équipés et éduqués à la moderne. Son offensive rifaine est foudroyante. Lyautey avait signalé le danger, mais il n’a pas été écouté. Dès que le front est stabilisé, Lyautey démissionne.

Il ne reste pas sans rien faire : quand il s’agit d’organiser l’Exposition coloniale, on fait appel à lui. De 1927 à 1931, il se consacre à cette tâche, dont la réussite est éclatante.


Avec le Sultan du Maroc, dans sa propriété de Thorey

La philosophie de Lyautey aura été de « montrer sa force pour ne pas avoir à s’en servir », et aussi « le rôle du soldat st de préparer la paix pour éviter la guerre »,