Mohamed Kenbib enseigne l’histoire à l’Université Mohamed V de Rabat. Il a été professeur visiteur à l’Université Paris-1 (Sorbonne), Senior Associate Professor à Oxford et a enseigné aux États-Unis.
Avant le milieu du XX ème siècle, les communautés juives du Maroc étaient fortes de 250 000 âmes coexistant avec dix millions de musulmans. Aujourd’hui elles comptent moins de 3 000 personnes. L’auteur remet en perspective leur présence plus que bimillénaire dans le pays.
Son ouvrage « Juifs et Musulmans au Maroc, des origines à nos jours » est d'une exceptionnelle densité. Il fait partie de la collection « Histoire partagée »/ Projet Aladin qui présente douze ouvrages nouveaux consacrés à l’histoire des relations entre Juifs et Musulmans en terre d’Islam, à leur héritage et patrimoine culturel et religieux méditerranéen et moyen-oriental commun.
Ces ouvrages doivent permettre aux jeunes générations nées dans les pays musulmans ou en Occident d’avoir accès, dans leur langue, à cette histoire commune, avec les périodes de conflits, de tensions, mais aussi une longue tradition de cohabitation et d’échanges.
Un Comité scientifique composé d’Universitaires de différents pays a veillé à la réalisation de cette collection, qui s’inscrit dans la politique générale et éditoriale du Projet Aladin qui œuvre aux rapprochements interculturels notamment entre les mondes juifs et musulmans par la diffusion des savoirs et le rejet de toutes les formes de révisionisme historique.
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Aladin (Aladdin, ou encore Alaeddine selon la phonétique arabe, ce qui signifie « la foi élevée ») est le héros du conte Aladin ou la Lampe merveilleuse inclus dans une version tardive du recueil arabo-persan des Mille et Une Nuits. Aladin est le fils d'un pauvre tailleur appelé Mustapha. Il va au centre de la Terre chercher une lampe magique qui renferme un génie qui a le pouvoir d'exaucer les vœux. Un jour il s’éprend de la princesse Badroulboudou …
https://fr.wikisource.org/wiki/Aladin
Nous allons donc utiliser notre tapis volant (internet) pour aller progressivement dans tous ces pays.
Il était une fois dans l’Ouest : Le Maroc !
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Le Maroc est un cas exemplaire de convivialité judéo-musulmane. Même si l’importance de la population juive au Maroc n’est plus que de 3000 personnes, le préambule de la nouvelle Constitution de 2011 se réfère explicitement - cas unique dans le monde arabo-musulman à son « affluence hébraïque ».
Les origine de la présence juive au Maroc se perdent dans la nuit des temps, d’après certaines légendes jusqu’au roi Salomon. L’océan les empêcha d’aller plus loin. Ibn Khaldoun affirme, dans son histoire des Berbères, qu’une partie des Berbères professaient le judaïsme, telle la Kahina.
http://dakerscomerle.blogspot.fr/search/label/a%2076%20-%20LA%20KAHINA
Au cours des premiers siècles de notre ère, il y eu hégémonie juive dans la vallée du Draa, et les Juifs jouèrent un rôle de premier plan dans la prospérité de Sijilmassa, ce port marocain du désert et terminal des caravanes allant vers le sud au Soudan et vers l’est au Caire via Kairouan.
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| Ruines de Sijilmassa |
En revanche, le puritanisme sur lequel était basé le mouvement almoravide lui interdisait d’autoriser la présence des Juifs dans sa capitale de Marrakech parmi les « croyants ». « Ceux qui s’y trouveraient après le coucher du soleil mettraient en danger leur vie ; leurs biens seraient à la merci de tout le monde. » Ce n’est qu’après le polissage progressif des mœurs des Almoravides au contact de la civilisation andalouse que les Juifs purent s’établir à Marrakech.
Les Juifs eurent alors le choix entre s’enfuir ou faire semblant de se convertir à l’Islam. Le chroniqueur al-Marrakûchi (1228) fit ultérieurement le constat suivant : "Les Juifs avaient les apparences de l’islam et priaient dans les mosquées, mais Dieu seul savait ce qui se passait dans leur cœur. "
D’autres violences locales eurent lieu à Fez contre les Juifs, mais le sultan Abou Yousef mérinide n’hésita pas à les réprimer. Les Mérinides confièrent à des Juifs de hautes charges sociales à la Cour. Une nouvelle flambée d’intégrisme se reproduisit trente ans plus tard dans le Touat. Là aussi, nouvelle vague de « conversions ».
La « Reconquista » espagnole fit en 1492 un Édit d’Expulsion de près de 165 000 Juifs d’Espagne, dont 20 000 partirent au Maroc. C’était l’époque de l’effondrement démographique : peste noire en 1348, épidémies et famines en 1468 et en 1492. Les « Expulsés » ne souhaitent pas fréquenter leurs coreligionnaires marocains, mais se mettent volontiers à fabriquer des « fers de lance, des arbalètes et des espingardes »
Les civilisations musulmanes et juives étaient peu différentes : même monothéisme, interdictions alimentaires procédant du même principe ; circoncision …
Mais suite aux émeutes de Fez, les souverains méridien établirent leur palais hors de la ville et eurent la volonté de protéger les dhimmis contre d’éventuels débordements de foules de la médina et créèrent les mellah. Qu’y fait-on ? « La plupart des orfèvres sont des juifs qui exécutent leurs travaux d’orfèvrerie au Nouveau Fez et les portent dans la vieille ville pour les vendre. » En sens inverse, des musulmans allaient au Mellah effectuer des achats, demander le report d’échéances de prêts, recourir aux services de couturières, faire réparer des montres et des bijoux …
À propos de bijoux, les « sages parfaits » (rabbins) mettent en garde « contre les torts causés par les femmes qui sortent couvertes et parées de bijoux d’or et pierres précieuses, s’exposant à la vue des peuples dont elles excitent l’appétit et l’envie. »
Il y eut ainsi des Mellah à Marrakech (1557) puis à Meknès (1672), puis au XIX ème siècle à Rabat, Salé, Essaouira et Tétouan. Enfin à Demnate (1887). Charles de Foucault avait signalé en 1883 : « Les juifs vivent pêle-mêle avec les musulmans, qui les traitent avec une exceptionnelle bonté. »
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| Charles de Foucault en uniforme de hussard - 1880 |






